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Afrique : 4 milliards d’habitants d’ici 2035, le défi des infrastructures

Par Clémence Poirier, reporter de l’Institut Open Diplomacy aux Journées européennes du Développement à Bruxelles les 7 et 8 juin 2017, en partenariat avec Toute l’Europe

· Afrique,Social-développement

Cet article a été écrit dans le cadre du partenariat entre l'Institut Open Diplomacy et Toute l'Europe.

Avec un taux de natalité élevé et un taux de mortalité infantile qui diminue, la population active du continent africain devrait augmenter de 70 % d’ici 2035, soit environ 450 millions de personnes. Face à ce boom démographique et un exode rural en constante augmentation, les infrastructures des villes africaines vont devoir se développer rapidement et modifier leur fonctionnement en matière de construction, de traitement des déchets ou d’infrastructures de transport. Selon un sondage du Forum économique mondial, le manque d’infrastructures est considéré par les hommes d’affaires africains comme le quatrième obstacle le plus problématique pour faire des affaires en Afrique derrière l’accès au financement, la corruption et l’augmentation des impôts.

Connecter les grandes villes africaines

Si on entend souvent parler de migrations du continent africain vers le continent européen, les Africains se déplacent en réalité majoritairement au sein même de leur continent, particulièrement vers les pays les plus stables ou en pleine croissance économique comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou l’Afrique du Sud.

Plusieurs pays se sont emparés du problème, notamment le Kenya où une liaison ferroviaire Nairobi-Mombasa a été inaugurée le 31 mai dernier. Des travaux doivent permettre d'étendre cette ligne de chemin de fer plus au nord jusqu’à Malaba, à la frontière ougandaise, le but étant de désenclaver la région et de réduire le temps de transport de 18 heures à 4 heures. Si le projet a permis de créer des emplois pour 17 000 Kenyans, il est financé à 90 % par la China EximBank ; China Road and bridge Corporation, une entreprise chinoise s’est occupée de la construction et sera chargée de l’exploitation de la liaison pendant au moins 10 ans.

A Djibouti dans la Corne de l’Afrique, le port de Doraleh vient également d’être inauguré le 24 mai dernier, financé par la Chine pour 590 millions de dollars. La Chine gérera aussi la liaison ferroviaire de Djibouti à Addis-Abeba en Ethiopie. Ces deux grands projets sont situés sur la nouvelle « route de la soie », une voie stratégique qui vise pour les autorités chinoises à connecter économiquement la Chine à l’Eurasie et l’Afrique. Si tous ces investissements doivent permettent à l’Afrique de se développer, les entreprises chinoises en profiteront davantage.

En marge des Journées européennes du développement (EDD en anglais), le président de la République du Sénégal, Macky Sall, a signé le 7 juin le contrat de financement du projet Pont de Rosso avec la Banque européenne d’Investissement. La BEI finance la moitié de ce projet qui s’élève à 87 millions d’euros au total. Ce pont entre le Sénégal et la Mauritanie doit permettre de développer les liens économiques entre les deux pays et réduire le trajet d’une heure à 10 minutes. « Nous avons construits des projets frontaliers qui doivent permettre de fixer les jeunes pour être sûr qu’ils ne prennent pas de grands risques en quittant le pays » déclarait le président sénégalais lors des EDD le 7 juin.

Des infrastructures de transports sûres et durables sont aussi une garantie de sécurité, notamment pour les femmes : « Si on pense a de nouveaux moyens de transport, il faut surtout prendre en compte la manière dont le programme est construit, la sécurité qui est fournie pour les femmes qui souffrent de violences dans les transports en commun » a rappelé pour sa part Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international.

L’urbanisme : créer des logements sans augmenter les inégalités

En Afrique, 250 millions d’habitants vivent dans des quartiers précaires du fait de l’urbanisation galopante et de la difficulté des pouvoirs publics à répondre à la demande croissante de logements. Seulement 8 % des jeunes Africains travaillent dans le secteur de la construction ; la nécessité de revoir les plans d’urbanisme pourrait être un source d’emploi dans la majorité des villes.

En Afrique, Dubaï semble être l’exemple à suivre pour devenir un hub régional à l’architecture futuriste. Au Kenya, 220 millions de dollars ont été investis dans une tour semblable au Burj Khalifa, tour mythique de Dubaï. A Lagos au Nigéria, le luxueux quartier de Lekki est construit sur des digues entre le lagon de Lagos et le golf de Guinée. La multiplication de logements de grand standing au centre des villes contribue à générer un exode d’une partie des habitants vers les bidonvilles en raison du coût de l’accès au logement, bidonvilles également alimentés par l’exode rural. Ce creusement des inégalités sociales et géographiques a également un impact sur la capacité de collecter les impôts : plus le nombre d’habitants dans les bidonvilles augmente, plus la collecte des impôts est difficile comme l’a confirmé Monica Scatasta, directrice de la politique environnementale, climatique et sociale de la BEI. « Toutes les villes africaines sont confrontées aux mêmes problèmes : urbanisation violente, gestion du foncier, pollution... Mais Lagos est une caricature. Ses défis sont tellement immenses qu'ils paraissent insurmontables »rappelle le géographe Guillaume Josse.

Le secteur de l’hôtellerie est en pleine croissance en Afrique. L’hôtel Verde de Cap Town en Afrique du Sud est certifié établissement vert et l’entreprise compte actuellement deux autres hôtels en construction. A Dakar, le OnomoHotel Dakar Airport a privilégié le circuit court et les produits locaux tels que la terre crue pour limiter le recours (et les frais) de climatisation. « Nous sommes les premières victimes du changement climatique » a rappelé MackySall lors des EDD et les entreprises semblent l’avoir bien compris. Dès 2014, le Financial Times avait vu en l’Afrique un lieu attractif pour les grandes chaînes d’hôtels puisque la demande était très forte et l’offre encore basse. Le récent rapport Jumia Travel Hospitality Report montre que les grandes chaînes telles que Best Western ou Hilton continuent d’investir à travers le continent. En 2015, AccorHotels a également envahi le marché angolais en prévoyant de construire 50 hôtels d’ici la fin de l’année 2017. Ces investissements devraient donc profiter au développement économique et touristique de l’Afrique. Le tourisme représentait déjà 7,8 % de son PIB en 2016.

Le traitement des déchets : un enjeu sanitaire majeur

Face à une population et une urbanisation grandissantes, les déchets s’accumulent et il est important pour les villes africaines de ne pas négliger ce point au risque de vivre la même situation qu’à Surat en Inde en 1994 où la peste avait réémergé à la suite d’une inondation causée par des déchets non collectés. Selon UNEP, le Programme environnemental des Nations unies, la quantité de déchets générée par les villes africaines devrait doubler d’ici 15 ans. En avril dernier, était organisé les « Smart Cities Le Monde», un concours qui récompense l’innovation : le grand prix a été remis à WeCyclers, start-up nigérienne collectant les déchets grâce à des vélos adaptés et un système d’incitation par SMS et de récompenses pour les habitants qui participent au recyclage. Pour faire face au défi des infrastructures, il s’agit aussi de changer les mentalités et de faire de la pédagogie.

« L’Afrique a besoin de 68 milliards de dollars pour les infrastructures urgentes du continent » a rappelé le président du Sénégal en ouverture des Journées européennes du Développement. Le défi des infrastructures reste important mais les villes se développent et se transforment en prenant petit à petit en compte les enjeux du développement durable.

Légende de la photo en bandeau : Macky Sall, président du Sénégal lors de la cérémonie d’ouverture des Journées européennes du Développement, Bruxelles, 7 juin 2017 © Clémence Poirier.

Les opinions et interprétations exprimées dans les publications engagent la seule responsabilité de leurs auteurs, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs.

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