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Agenda 2030 des Nations unies : 3 défis qu'il faudra relever (2/3)

par Youssr Youssef, reporter de l’Institut Open Diplomacy aux Journées européennes du Développement (JED) les 7 et 8 juin à Bruxelles, en partenariat avec Toute l’Europe

· Social-développement,Gouvernance mondiale

En l’an 2000, l’ONU adopte 8 ambitieux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) arrivés à expiration en 20151, et remplacés par 17 Objectifs du Développement durable (ODD) pour les quinze années à suivre.

L’approche promue dans le cadre des ODD amorce un changement de paradigme dans la conception du développement. Indivisibles, les ODD relient l’économie, la société et l’environnement. Universels, les ODD s’appliquent à tous les Etats et non plus seulement aux plus pauvres d’entre eux.

Le premier défi qu’entraîne une telle conception du développement2, est de pouvoir faire en sorte que partout à travers le monde, chacun se sente concerné par cet Agenda et ses objectifs. Que ce soient les citoyens des pays les plus développés qui ont encore matière à progresser, ou bien ceux des pays les moins avancés qui doivent pouvoir s’approprier l’Agenda et exprimer leurs priorités en matière de développement durable en dépit de l’indivisibilité des ODD.

DÉFI N°2 : ÉVALUER LES PROGRÈS ET RÉAJUSTER LES OBJECTIFS

Laisser la possibilité à chaque pays d’établir son ordre de priorité des ODD est nécessaire compte-tenu du grand nombre d’objectifs à réaliser, et de l’hétérogénéité des pays engagés dans les ODD. Établir de telles priorités nationales en matière de politiques publiques peut (et doit) néanmoins être complémentaire de l’indivisibilité des ODD à l’échelle internationale comme nationale. Une manière de résoudre ce paradoxe apparent est de s’intéresser à la question de la gouvernance des ODD. Désigner le premier ministre ou le président comme responsable du suivi de la mise en œuvre des ODD, c’est une façon de ne pas cloisonner les ODD à un seul ministère3 et donc à une seule dimension du développement. Par ailleurs, intégrer les ODD dans les plans nationaux de développement (économique) et dans les stratégies de croissance peut être préférable à ne les intégrer que dans les stratégies nationales de développement durable qui ont eu historiquement un poids d’influence plus faible au regard de considérations politiques et stratégiques de plus court terme.

La redevabilité, au cœur des ODD

Un écueil potentiel demeure néanmoins, comme l’explique Akena Maureen du réseau d’associations « Centre de participation pour les citoyens de l’Union africaine » : « Les pays peuvent se servir [de leur ordre de priorité] comme une excuse pour ne pas réaliser des Objectifs de Développement durable qui seraient pourtant les plus pertinents en expliquant qu’ils ne sont pas une priorité pour eux ». D’où le rôle essentiel que doit jouer la société civile en tant qu’acteur de la redevabilité, en demandant aux gouvernements de rendre des comptes sur les progrès réalisés au regard des ODD. Akena Maureen précise néanmoins que « c’est un agenda qui a été mis en avant essentiellement par des sociétés civiles des pays du Nord, parce qu’elles ont plus d’expertise, plus de proximité avec les décideurs politiques, les fournisseurs de fonds, donc elles ont été plus en mesure de s’engager dans ces conversations que, nous, pays du Sud »4. D’où l’importance de relever le premier défi de l’Agenda 20305 : faire que tout le monde se sente impliqué, afin que chacun puisse tenir responsable son gouvernement des progrès ou non réalisés.

La difficile communication autour des ODD

Et pour que la redevabilité puisse se faire, il faut pouvoir être en mesure d’évaluer les progrès effectués. Certaines cibles demandent un suivi quantitatif, les outils de mesure doivent donc non seulement être au point, mais leurs résultats doivent aussi être communiqués de façon compréhensible auprès des différents acteurs du développement comme du grand public. Or d’après le rapport de l’ONU de 2014 « Un monde qui compte »6, « Trop souvent les données sont présentées d’une façon qui ne peut être comprise par tout le monde ». Alexandra Silfverstolpe par exemple, a travaillé pendant vingt ans dans le domaine du développement, à la Commission européenne, à l’ONU ou encore dans diverses organisations de la société civile, avant de se poser la question « Comment se fait-il qu’on alloue des ressources sans se fonder sur des faits et des réalités ? ». Avec l’appui du Professeur Hans Rosling7, elle fonde alors Data Act Lab qui regroupe des experts dédiés à l’utilisation de la visualisation notamment pour aider les pays à suivre la mise en œuvre des ODD. La Colombie est le premier pays à avoir fait appel à ce type d’outil - le site de données sera à la disposition du grand public en août. D’autres pays pourraient eux aussi se soumettre à l’exercice, sans plus d’indications à ce stade.

Retrouvez les premier et troisième articles de ce triptyque sur les défis de la mise en oeuvre de l’Agenda 2030 pour le développement durable.

1 GALATSIDAS Achilleas, SHEEHY Finbarr, « What have the millennium development goals achieved ? », The Guardian, 6 juillet 2015 [en ligne], https://www.theguardian.com/global-development/datablog/2015/jul/06/what-millennium-development-goals-achieved-mdgs - consulté le 10 juin 2017

2 YOUSSEF Youssr, « Agenda 2030 des Nations unies : 3 défis qu'il faudra relever (1/3) », Institut Open Diplomacy, 20 juin 2017 [en ligne], http://www.open-diplomacy.eu/blog/agenda-2030-des-nations-unies-3-defis-qu-il-faudra-relever-1-3

4 Sur 22 pays volontaires ayant fourni leurs rapports d’avancement quant à l’Agenda 2030 à la session annuelle du 2016 du Forum politique de haut niveau, le forum dédié au suivi des ODD - la moitié ont placé la réalisation des ODD sous la tutelle du premier ministre ou de la présidence. Pour d’autres pays comme la France, c’est plus ambigu : la Commissaire générale au développement durable chargée des ODD est rattachée au ministère de l’Environnement tout en étant Déléguée interministérielle au Développement durable sous la responsabilité du Premier ministre. (VAILLE Julie, DEMAILLY Damien et BRIMONT Laura, « Mise en œuvre des ODD : que font les pays ? », IDDRI, décembre 2016.)

5 L’engagement des pays du Nord reste néanmoins hétérogène, en France la mobilisation est plutôt faible car les ODD ont été éclipsés par la COP21 de décembre 2015. Tandis qu’en Suisse et en Allemagne, on observe une mobilisation importante de la société civile. Pour la Suisse, c’est la société civile qui s’est elle-même saisie des ODD, tandis qu’en Allemagne l’implication de la société civile a fortement été encouragée par le ministère de la Coopération internationale. (VAILLE Julie, DEMAILLY Damien et BRIMONT Laura, « Mise en œuvre des ODD : que font les pays ? », IDDRI, janvier 2017).

6 YOUSSEF Youssr, « Agenda 2030 des Nations unies : 3 défis qu'il faudra relever (1/3) », Institut Open Diplomacy, Ibid.

7 « A world that counts », ONU, novembre 2014 [en ligne] http://www.undatarevolution.org/wp-content/uploads/2014/12/A-World-That-Counts2.pdf - consulté le 13 juin 2017.

8 Le professeur Hans Rosling, avec son projet Gapminder fut l’un des pionniers en visualisation de données. Son TedTalk fait partie des 20 les plus visionnés à travers le monde. « Le gourou des statistiques Hans Rosling discrédite les mythes au sujet du prétendu « monde en développement » » : : https://www.ted.com/talks/hans_rosling_shows_the_best_stats_you_ve_ever_seen - février 2006.

Légende de la photo en bandeau : Alexandra Silfverstolpe, fondatrice de Data Act Lab, lors du débat « Pouvons-nous obtenir des résultats mesurables dans le développement durable grâce aux programmes de coopération ? » - Bruxelles, le 7 juin 2017 (c) Union européenne.

Les opinions et interprétations exprimées dans les publications engagent la seule responsabilité de leurs auteurs, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs.

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