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Comment mettre en œuvre les Objectifs du Développement durable au niveau de l'UE ?

par Romain Laugier, reporter de l'Institut Open Diplomacy aux Journées européennes du Développement 2016

· Europe,Social-développement

Le 25 septembre 2015, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté à l’unanimité le « Programme de développement durable à l’horizon 2030 »[1], feuille de route de l’action publique internationale en matière de développement pour les quinze années à venir. Ses dix-sept Objectifs du Développement durable (ODD), déclinés en 169 cibles, succèdent aux huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et engagent l’ensemble des Etats membres des Nations unies à notamment promouvoir une économie durable et inclusive, combattre le changement climatique, réduire les inégalités.

Lors de la 10e édition des Journées européennes du Développement (JED), à Bruxelles les 15 et 16 juin 2016[2], les grands acteurs européens et mondiaux du développement ont discuté de la mise en œuvre des objectifs ambitieux que se sont fixés les Etats. Société civile, firmes et organisations internationales, institutions européennes et gouvernements, tous se sont réunis pour jeter les bases de leur collaboration future. Chacun devra contribuer pour transformer les vœux pieux des nations du monde en réalisations concrètes.

Dr. Sanassi Bilal (modérateur), directeur du programme sur la transformation

économique et les échanges, à l’ECDPMC. Bruxelles, 15-16 juin 2015.

L’enjeu principal de la mise en œuvre des ODD est la recherche de financements

Tandis que la mise en œuvre des OMD avait suscité de nombreuses critiques - il n'en avait pas été assez fait, ou pas assez vite[3] - des inquiétudes similaires se sont élevées concernant les ODD dès les premiers débats de ces JED 2016. Selon Ursula Eid, ancienne membre du Conseil consultatif sur l'eau et l'assainissement auprès du Secrétaire général de l'ONU, « si nous continuons à ce rythme, nous n’atteindrons pas les Objectifs du développement durable »[4]. La réunion des grands instigateurs des aides au développement tels que le groupe Banque mondiale, le Centre de Commerce international, la Banque africaine de Développement ou l’Agence française de Développement avait ainsi précisément pour objectif d’initier de futurs partenariats. Les institutions européennes, représentées notamment par la Commission européenne et par la Banque européenne d’investissements, semblaient à cet égard particulièrement désireuses d’instaurer une plus grande coopération avec les partenaires africains. Selon Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission européenne et Haut-Représentante de l'Union pour les affaires étrangères, « la frontière naturelle de l’Union n’est plus la Méditerranée, elle est au-delà ». De bons voisins étant des voisins en paix, l’Union européenne devrait adopter une « approche fondée sur les partenariats plutôt que sur les aides »[5].

Les investissements devront également être favorisés, notamment dans les infrastructures, la logistique et la finance. L’UE devra faire un usage généreux de sa nouvelle compétence exclusive en matière d’investissements directs étrangers[6], et conclure ou modifier rapidement les Accords de libre-échange qu’elle - ou ses Etats membres - ont conclu avec des Etats tiers. Le récemment élu président de la République centrafricaine en février 2016, Faustin-Archange Touadéra, a lui aussi annoncé une prochaine refonte du Code national d’investissement afin d’attirer les capitaux étrangers sur son territoire[7]. Les préoccupations de nombreux Etats africains sont toutefois plus éloignées de celles des Etats membres de l’UE, et les présidents du Burkina Faso et du Kenya se sont accordés avec M. Touadéra sur la nécessité, au préalable, de renforcer les pouvoirs de l’armée, de lutter contre la corruption et d’achever leur politique de réconciliation nationale.

Arancha Gonzales, directrice exécutive de l’International Trade Center, ITC, et

Cecilia Malmström, Commissaire européenne au commerce. Bruxelles, 15-16 juin 2016.

Le secteur privé devra jouer un rôle

Si l’on peut identifier un consensus à l’issue des JED, c’est bien sur l’idée selon laquelle le secteur privé, à travers son expertise et ses capitaux, doit être largement intégré dans la mise en œuvre des ODD. Une opinion minoritaire qui laissait entendre que les populations locales voyaient d’un très mauvais œil les nombreux avantages concédés aux grandes entreprises qui venaient s’implanter dans les pays s’est rapidement effacée devant certains témoignages, dont celui de Ben Kalkman, ancien directeur administratif et financier de Coca-Cola Company au Soudan du Sud[8]. Selon lui, l’implantation de son entreprise au Soudan du Sud a « littéralement sorti des gens de la rue » ; à l'appui de son témoignage, il insiste sur le fait qu'il a eu la lourde tâche de former ses employés, de créer des routes et des hôpitaux, de contribuer à construire la classe moyenne du pays.

Mais si la mobilisation des acteurs privés est si vitale pour la réalisation des ODD, celle des acteurs locaux l’est également. Selon la directrice exécutive de l'ONG Oxfam International, Winnie Byanyima, ce sont les prêts directs aux communautés locales qui fournissent les meilleurs résultats. L’idée s'inscrit dans une volonté plus générale de favoriser les entreprises sociales, davantage respectueuses des intérêts sociétaux, afin de donner un bel élan au projet de révolutionner l’aide publique internationale.

Les inégalités ne doivent pas être ignorées

Objets du dixième objectif du « Programme de développement durable à l’horizon 2030 », les inégalités entre et au sein des pays sont devenues au cours de la dernière décennie un enjeu d’intérêt mondial, au même titre que le changement climatique. Alors que l’un des principes qui sous-tendent les ODD est que nul ne doit rester derrière (« leave no one behind »), se posent avec acuité les questions de savoir si la croissance bénéficie à tous, et si les aides internationales sont réellement distribuées de manière équitable. Philippe Orliange, directeur de la Stratégie, des Partenariats et de la Communication de l’AFD, dénonce l’inégalité dans l’accès aux services publics et l’inéquité fiscale dans de nombreux pays, et pas uniquement ceux considérés comme les « moins avancés ». Selon lui, la pression mise sur les 1 % ne diminuera pas sans réduction des inégalités. Les financements publics comme privés qui cherchent à instaurer un climat propice aux affaires et au développement devront veiller à la juste (re)distribution des aides et des richesses, s’ils veulent éviter d’attiser le ressentiment social voire se révéler contre-productifs. La bonne mise en œuvre des ODD dépendra au final de l’équilibre qui sera trouvé entre les financements publics et privés, et l’implication des communautés locales.

[1] Résolution A/70/L, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 25 septembre 2015. Consulté le 19 juin 2016 [en ligne] : http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/70/1&Lang=F.

[2] 10e édition des Journées européennes du Développement, « Objectifs du Développement Durable en action : notre monde, notre dignité, notre futur ».

[3] « What’s wrong with the Millenium Development Goals? » Center for Global Development, Consulté le 19 juin 2016 [en ligne] : http://www.cgdev.org/files/3940_file_WWMGD.pdf.

[4] 10e Journées européennes du Développement, conférence « Ensuring policy coherence between interconnected Sustainable Development Goals ».

[5] Federica Mogherini, 10e Journées européennes du Développement, cérémonie d’ouverture.

[6] Article 207-1 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

[7] Faustin-Archange Touadéra, 10e édition des Journées Européennes du Développement, cérémonie d’ouverture.

[8] Ben Kalkman, 10e Journées européennes du Développement, conférence « Investing in African fragile states: Who should adapt, investors or countries ? ».

Les opinions et interprétations exprimées dans les publications engagent la seule responsabilité de leurs auteurs, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs.

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