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D'Ormuz à Gibraltar : quel détroit pour la désescalade ?

Léonard Lifar, Research Fellow à l'Institut Open Diplomacy

Le 20 juin 2019, le navire « Salina » – un tanker appartenant à la National Iranian Tanker Company (NITC) – délivrait sa cargaison de pétrole au complexe de raffinage de Jinxi, opéré par la China National Petroleum Corporation (CNPC). L’arrivée d’un tanker iranien dans le Golfe de Bohai était une première depuis la fin des dérogations aux sanctions américaines le 2 mai dernier dont la Chine bénéficiait avec sept autres pays. Quelques jours plus tard, un autre tanker aurait livré l’équivalent de 2,12 millions de barils au port de Tianjin, probablement à destination de la raffinerie de Sinopec (1).

Les autorités américaines commencent à exprimer leur agacement quant à l’attitude de Pékin (2). Au grand damne de Washington, plusieurs millions de barils de brut iranien ont été débarqués dans les ports chinois depuis la fin des exemptions le 2 mai alors que les autorités américaines avaient déclaré que les exportations iraniennes de pétrole tomberaient désormais à zéro. Les faucons du Conseil de sécurité nationale plaident désormais pour que des sanctions soient imposées aux entités chinoises qui achèteraient du pétrole iranien.

Pékin est-il dans l’optique de défier Washington sur le pétrole iranien ? Pour Francis Perrin, chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) et directeur de recherche à l’IRIS (Paris), la Chine, comme l’Inde et la Turquie, ont fait des déclarations expliquant qu’ils ne plieraient pas l’échine devant les Américains. Néanmoins, toutes les grandes compagnies pétrolières ont besoin de conserver de bonnes relations avec les États-Unis, ne serait-ce qu’à cause du poids du dollar dans les échanges ou du fait qu’ils soient les premiers producteurs de pétrole dans le monde (3) .

Il est probable que les entreprises pétrolières chinoises soient contraintes de cesser leurs activités avec l’Iran comme les entreprises pétrolières européennes ont dû stopper leurs projets. Depuis quelques années, les compagnies d’État chinoises sont devenues en effet plus sensibles aux sanctions américaines, car elles importent de plus en plus de pétrole et gaz en provenance des États-Unis, se fournissent en technologies américaines et cherchent à prendre des parts dans la production gazière américaine.

 

Selon Francis Perrin, l’Iran n’est pas un partenaire indispensable pour le gouvernement chinois et les quelques livraisons qui ont encore lieu peuvent avant tout servir de cartes à jouer dans les négociations sur d’autres sujets avec l’administration Trump. De plus, le marché pétrolier mondial est légèrement excédentaire et ceux qui avaient l’habitude de se fournir en pétrole iranien pourront trouver sans trop de difficultés de nouveaux fournisseurs.

 

Le pays à genoux, le régime debout

Néanmoins, ces quelques tankers isolés ne suffiront pas à l’État iranien à échapper à une crise budgétaire alors que les ventes pétrolières constituent près de 40% du budget de l’État. Depuis le mois d’avril, les sanctions américaines prennent une nouvelle dimension en visant différents secteurs de l’économie iranienne et corps de l’État (4). En plaçant les Gardiens de la Révolution sur la liste des « organisations terroristes étrangères », le symbole est fort mais l’impact a vocation à compliquer les activités des entreprises liées aux Pasdarans, qui sont présentes dans de nombreux secteurs de l’économie iranienne. Les banques iraniennes sont particulièrement dans le viseur américain, dont Donald Trump souhaiterait qu’elles n’aient plus accès au circuit bancaire international Swift, maillon essentiel du système financier international. L’annonce de ces différentes mesures a poussé le FMI à réviser ses prévisions de croissance à court terme, prévoyant une contraction de 6% du PIB en 2019/2020 et le taux d’inflation pourrait atteindre 40% en fin d’année (5).

 

Il est important de souligner que le régime a pris soin depuis plusieurs années de réduire sa dépendance aux revenus tirés des exportations de pétrole (6). Pour l’année 2018, les exportations de pétrole ne constituaient que 18% du PIB iranien et le gouvernement a planifié que seuls 30% du budget de l’État pour l’année fiscale 2019/2020 dépendraient de ces revenus. Selon le "Sixième plan de développement économique" du gouvernement iranien, la dépendance à l'égard des recettes d'exportation du pétrole devrait être réduite à 20 % d'ici 2022 et complètement éliminée d'ici 2024. Ces chiffres semblent irréalistes compte tenu des réserves pétrolières du pays. Néanmoins, en 2009, le secteur pétrolier représentait 60 % des recettes publiques totales, contre 30 % aujourd'hui, malgré les crises financières et les sanctions qui n'ont cessé de frapper l'Iran. Si le pays semble donc mieux préparé qu’en 2012 pour affronter une nouvelle vague de sanctions, il n’échappera pas néanmoins à une chute de son économie compte tenu du large éventail de sanctions déployé par les autorités américaines.


En accroissant les sanctions, l’administration Trump espère faire revenir l’Iran à la table des négociations, élargies au-delà de la seule question nucléaire, en se fondant en partie sur les douze demandes draconiennes formulées par le Secrétaire d’État Mike Pompeo il y a un peu plus d’un an. Pour parvenir à ses fins, l’administration Trump mise sur la dégradation rapide de la situation économique et sur l’exaspération croissante de la société civile à l’encontre du régime. Mais la société civile iranienne a en mémoire la sanglante répression de 1999 et 2009. Un professeur d’université à Téhéran rappelle que « ce n’est pas à des révolutionnaires que vous allez apprendre comment on fait la révolution. L’appareil répressif du régime est efficace et prêt à réagir. De plus, si les Iraniens ont conscience que les sanctions aggravent d’autres problèmes graves inhérents à l’économie iranienne comme la corruption, les conséquences dramatiques des invasions américaines en Afghanistan et en Irak et l’attitude de l’administration américaine laissent désormais sceptiques les Iraniens sur une nouvelle ingérence étrangère dans leurs affaires » (7).

Bataille de communication entre le président américain et les Gardiens de la Révolution sur Twitter

Si des soulèvements de masse paraissent encore peu probables en Iran, le régime a conscience de l’importante dégradation socio-économique que subit le pays depuis plusieurs mois. Plusieurs nominations de personnalités conservatrices au Ministère de la Justice et au sein des Bassidj – une milice islamique – témoignent de la volonté du guide suprême Ali Khameini de réprimer toute contestation interne. La nomination du général Gholamreza Soleimani à la tête des Bassidj début juillet témoigne d’un changement de la perception de la menace au sein du régime en renforçant le rôle de cette milice du pouvoir dans la lutte contre l’ennemi et la suppression de toute opposition (8).

Depuis quelques mois, les conservateurs partisans d’une ligne dure font leur retour en force. La décision américaine concernant les Gardiens de la Révolution n’a fait que renforcer leur prestige au sein de la population et resserrer les rangs autour d’eux comme l’a illustré une séance au Parlement en avril où la quasi-totalité des députés se sont présentés en tenue militaire verte comme celles des Pasdarans. Alors que le gouvernement Rohani et les Gardiens de la Révolution avaient de profondes divergences en politique étrangère, les récentes décisions américaines ont incité – voire obligé – le gouvernement à se ranger derrière la ligne sécuritaire prônée par la direction des Pasdarans (9).

Paix improbable, guerre impossible ?

Malgré l’escalade des sanctions à l’encontre de Téhéran, l’histoire ne semble pas plaider en faveur de la méthode américaine pour modifier la politique extérieure du régime dans la région. Une récente étude (10) de l’International Crisis Group (ICG) a analysé sur 40 ans la situation économique de l’Iran et sa politique régionale pour en venir à la conclusion qu’il n’y avait aucune corrélation entre les deux. Peu importe la situation domestique, la République islamique a toujours mené les actions qu’elle considérait nécessaire pour sa sécurité nationale. Au contraire, les auteurs de l’étude estiment que les sanctions risquent de renforcer les partisans d’une politique plus agressive et d’exacerber les tensions au Moyen-Orient.

Il est également peu probable que le régime iranien soit prêt à faire des concessions majeures concernant son programme balistique malgré les déclarations de D. Trump et M. Pompeo en ce sens (11). Les Iraniens retiennent de leurs histoires récentes que ni les institutions multilatérales ni le droit international ne les ont protégés contre leur agresseur, les renforçant dans leur perception d’être seuls contre tous. De plus, le souvenir de la guerre avec l’Irak est encore présent dans l’esprit de la population et de ses dirigeants lorsque les missiles irakiens ont fait de nombreux dégâts en visant le cœur des villes iraniennes (12).

Si le régime iranien ne semble donc pas prêt à plier devant les sanctions et les menaces américaines, il ne cherche pas pour autant l’affrontement – du moins direct – avec les États-Unis. Pour Téhéran, tout l’enjeu réside dans sa capacité à faire monter les tensions dans la région de manière calculée à travers différentes manœuvres possibles comme des « incidents » dans le détroit d’Ormuz – dont les origines sont probablement iraniennes sans vouloir pour autant les signer – et des soutiens accrus pour des frappes ciblés à leurs proxies dans la région. En parallèle, en sortant progressivement de l’accord du JCPoA (13), les Iraniens se dotent d’une marge de manœuvre pour « retrouver la tête haute pour négocier » (14).

Le risque serait de franchir la ligne rouge qui pousserait les États-Unis à entrer en guerre, une ligne que le régime ne souhaite pas dépasser. Mais tout le danger est là aussi : jamais l’administration américaine n’a été aussi fluctuante dans ses positions – même si le Président Trump n’a jamais caché son hostilité envers le régime iranien – et elle contient en son sein de nombreux faucons occupant des positions influentes, partisans d’une guerre avec le régime des mollahs. Les Iraniens pourraient se retrouver sans s’en rendre compte derrière la ligne rouge que l’administration américaine est susceptible de déplacer en permanence. Mais les Iraniens savent aussi que la politique extérieure américaine est fortement contrainte par l’agenda intérieur, plus qu’important en période pré-électorale.

Ainsi, lorsque Donald Trump décida le 20 juin de répliquer suite à un drone américain abattu par les forces iraniennes, il annula au dernier moment les frappes comme l’a révélé le New-York Times (15). Si le conseiller à la sécurité nationale John Bolton ne cache pas son envie d’une guerre contre l’Iran, Donald Trump s’est fait élire en critiquant fortement l’engagement militaire américain au Proche-Orient et ne devrait pas prendre le risque d’une guerre ouverte avec les élections qui approchent. Un sondage Harvard CAPS/Harris appuie d’ailleurs la décision du président américain d’avoir demandé aux pilotes de stopper : 78% des votants interrogés estiment que le président a pris la bonne décision en annulant les frappes et 57% d’entre eux ont déclaré être contre une guerre avec l’Iran si les États-Unis n’étaient pas directement attaqués (16). C’est pourquoi l’on peut penser que Donald Trump emploie avant tout John Bolton comme un épouvantail pour « faire croire qu’une guerre est possible et redonner une crédibilité, donc une marge de manœuvre, à la politique américaine » pour la chercheuse Maya Kandel, spécialiste de la politique étrangère des États-Unis (17).

Du golfe Persique à la Méditerranée, les tankers de la discorde

Dans son bras de fer avec l’Iran, Donald Trump est appuyé par plusieurs personnes clés, appelés les « 4 B » par le Ministre iranien des Affaires Étrangères, Mohammad Javad Zarif. Il s’agit de John Robert Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Mohammed ben Salmane (MBS), prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Zayed Al Nahyane (MBZ), prince héritier d’Abou Dabi et Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien. Si l’administration américaine n’a pas encore réussi à pleinement convaincre les deux monarchies du Golfe de la pertinence de son plan de paix pour Israël et la Palestine, elle a su unir Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis autour d’un front commun contre l’Iran perçu, comme la principale menace au Moyen-Orient.

Mais à mesure que les tensions s’accroissent, chacun de ces pays a plutôt tendance à calmer le jeu dans la mesure où une confrontation avec l’Iran serait désastreuse pour chacun d’entre eux. Pour les Israéliens, l’idéal reste selon l’expert israélien Raz Zimmt « la situation actuelle, où l'Iran reste à une dizaine de mois de l'obtention de la bombe atomique, même s'il utilise ses groupes alliés pour cibler des navires dans le Golfe ou pour envoyer des missiles sur l'ambassade américaine à Bagdad ou sur l'Arabie saoudite » mais en aucun cas d’entrer dans une phase d’escalade où une confrontation directe avec l’Iran risquerait d’entrainer le Hezbollah dans son sillage (18).

Même constat pour les monarchies du Golfe qui n’ont aucun intérêt à ce que la situation se détériore trop avec leur grand voisin dont la capacité de nuisance n’est plus à démontrer (19). Ainsi, les Émirats-Arabes Unis, souvent surnommés la « Sparte du Moyen-Orient » a choisi de se distancer de Washington en refusant d’accuser les Iraniens concernant les incidents avec les tankers dans le détroit d’Ormuz et ont annoncé le retrait de leurs troupes impliquées dans la guerre civile au Yémen. Signe de la volonté des Émirats Arabes Unis de calmer les tensions dans la région, une délégation de garde-côtes émiratie s’est rendue à Téhéran le 30 juillet pour échanger sur la coopération frontalière, le trafic des personnes et le trafic illégal, une première depuis six ans (20).

Le chef de la diplomatie omanaise, dont le sultanat a toujours cultivé la neutralité, s’est également rendu à Téhéran pour discuter des questions régionales et internationales notamment de la sécurité dans le détroit d'Ormuz et en mer d'Oman (21). Même les Saoudiens temporisent comme l’illustre la libération le 21 juillet d’un tanker iranien qui était en stationnement au port de Jeddah pour cause de problème technique depuis le mois d’avril (22). Si les Saoudiens n’ont pas hésité à accuser les Iraniens des attaques contre les tankers dans le Golfe persique, il semblerait que la modération du mentor du prince ben Salman, le prince héritier d’Abou Dabi Mohammed ben Zayed, commence à influencer Riyad pour aller également dans le sens de l’apaisement. Prenant conscience que le président américain ne voit pas l’affrontement avec l’Iran comme la meilleure des options, les monarchies du Golfe ont moins intérêt à prôner une ligne dure vis-à-vis de leur grand voisin et cherchent désormais plutôt à jouer la carte de l’apaisement.

Alors que le monde a donc les yeux tournés vers le détroit d’Ormuz depuis plusieurs semaines, un autre détroit est devenu la source de tensions diplomatiques. Le 4 juillet dernier, un pétrolier battant le pavillon panaméen et transportant du pétrole iranien, le Grace 1, a été arraisonné par un détachement de marines britanniques. Un imbroglio juridique et diplomatique s’en est suivi pour justifier la décision britannique que ses partenaires européens ont du mal à soutenir (23). L’Iran a répondu en arraisonnant à son tour un pétrolier britannique, le Stena Impero, le 19 juillet. En plein Brexit, Londres appelle désormais à la constitution d’une « force européenne » pour protéger la libre circulation des navires dans le détroit d’Ormuz (24).

Le tanker norvégien Front Altair en flammes le 13 juin, après avoir subi une attaque d’une source non identifiée dans le Golfe d’Oman. ©AP Images

De nombreux commentateurs ont critiqué la décision britannique d’arraisonner le tanker iranien, qui donne l’impression de se ranger du côté américain au risque de reproduire les erreurs commises en 2003 (25). Il est intéressant de noter que l’ancien secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique, Jeremy Hunt, a justement appelé à la création d’une force navale européenne distincte des forces américaines. Un geste de « puissance douce » qui aurait été perçu de manière beaucoup plus hostile par l’Iran si cette force avait été placée sous le commandement de l’Otan (26). Pour le moment, Boris Johnson n’a pas dévoilé complétement sa politique vis-à-vis de l’Iran même si le nouveau gouvernement britannique a réaffirmé son soutien au JCPoA. Le nouveau secrétaire d’État aux affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a quant à lui refusé l’idée d’un échange de navires avec les Iraniens, tandis qu’un second navire de guerre britannique fait actuellement route vers le détroit d’Ormuz.

Néanmoins, l’Iran a profité d’une réunion de pourparlers à Vienne dimanche 29 juillet pour mettre en garde les Européens contre toute tentative visant à empêcher l’Iran d’exporter son pétrole. En France, la Ministre des Armées a annoncé que Paris ne déploierait pas de moyens militaires supplémentaires pour ne pas aggraver les tensions (27). La réunion a néanmoins permis de réaffirmer, aussi bien au vice-ministre iranien des affaires étrangères, M. Abbas Araghchi, qu’à la cheffe de la diplomatie européenne, Mme. Federica Mogherini, la volonté de l’ensemble des participants restants au JCPoA de sauver cet accord.

Or, dès le lendemain, les Iraniens maintenaient la pression par la voix du commandant de la marine iranienne, M. Hossein Khanzadi, qui annonçait la signature d’un protocole d’accord avec la Russie élargissant leur coopération militaire, n’hésitant même pas à évoquer la possibilité d’exercices militaires conjoints dans le détroit d’Ormuz (28). Un geste fort de la part de Moscou en faveur des Iraniens alors que les Russes ont évité ces dernières années de prendre parti pour l’un ou l’autre dans un Moyen-Orient en manque de parties tierces pouvant dialoguer avec tout le monde.

Le temps de la négociation est-il arrivé ?
C’est une occasion pour les Européens – et particulièrement pour la France – de revenir au premier rang d’une crise qu’ils peinent à désamorcer depuis le début. Tenter d’instaurer un dialogue entre les deux parties ne sera pas une mince affaire alors que les Iraniens ne souhaitent pas négocier sous la pression. Donald Trump estimant, lui, qu’il devenait « plus difficile » pour lui de vouloir négocier avec l’Iran (29). Mais même si le dialogue était possible, quelles concessions les parties seraient-elles prêtes à faire, et de manière équitable ?

Le président américain Donald Trump et le guide suprême de la Révolution islamique Ali Khameini ©Reuters

Côté américain, D. Trump n’a pas réellement de stratégie moyen-orientale ni d’objectifs précis concernant le résultat des sanctions. Il a plus besoin d’une victoire médiatique que d’un réel succès diplomatique. Son goût de la mise en scène avec son homologue nord-coréen en dit long sur sa conception des affaires internationales. À l’inverse, l’Iran a besoin d’obtenir des gains sur un point précis pour lui permettre de redémarrer son économie sans porter atteinte à des éléments que le pouvoir considère comme relevant des intérêts vitaux de la nation à l’instar des missiles balistiques ou de son programme nucléaire. Les deux camps ont conscience aussi des limites de ce statu quo : les Américains n’ont pas intérêt à ce que la situation dégénère dans la région tandis que les Iraniens commencent à prendre conscience qu’il y a des chances que D. Trump enchaîne sur un second mandat.

La voie de sortie de cette crise se trouve peut-être dans un accord plus global, ne se cantonnant pas aux Iraniens ni aux Américains. Réussir à mettre en place un sommet pour la paix au Moyen-Orient où l’ensemble des leaders de la région s’entendraient sur des mécanismes pour la stabilité régionale serait une grande avancée. Les États-Unis, avec d’importantes garanties pour la sécurité des monarchies du Golfe, pourraient inciter ses partenaires traditionnels à participer à un accord régional dont serait membre l’Iran, tout en convaincant ce dernier de s’y joindre avec quelques concessions sur le volet des sanctions économiques. En élargissant le dialogue à d’autres enjeux régionaux, comme la liberté de navigation dans le Golfe et le conflit au Yémen, chacun des pays peut espérer s’en tirer avec un minimum de satisfaction pour justifier son adhésion à un accord global. Seuls les Israéliens risqueraient de trouver peu d’intérêts à un tel accord s’ils estiment que la communauté internationale n’impose pas assez de contraintes et de contrôles aux Iraniens.

Si les États-Unis ont les cartes en main pour jouer un rôle d’impulsion, des tierces parties sont indispensables pour faciliter la confiance mutuelle entre les acteurs. Un rôle que pourrait endosser différents pays comme la Suisse, l’Inde ou le Japon, mais également les grandes puissances européennes dont la France qui défend une ligne diplomatique dont le principe est d’essayer tant bien que mal de « parler avec tout le monde ». Alors que la confiance des Iraniens dans la communauté internationale, historiquement faible, est devenue quasiment inexistante aujourd’hui, ces parties tierces auront un rôle essentiel pour convaincre Téhéran de revenir à la table des négociations et de les assurer que les engagements en leur faveur seront tenus.

(1) BATMANGHELIDJ Esfandyar, « China Takes More Iranian Oil, Intensifying Sanctions Challenge », Bourse & Bazaar, 02/07/2019
(2) JOHNSON Eliana, « U.S. officials push for sanctions on China over oil purchases from Iran », Politico, 11/07/2019
(3) Entretien avec l’auteur le 06/07/2019
(4) Agence France Presse, « Sanctions : les États-Unis visent le cœur de l'économie iranienne », 24/06/2019
(5) Direction générale du Trésor, « Iran : indicateurs, conjoncture, brève macroéconomiques et sectorielles », Ministère français de l’Économie et des Finances, avril 2019.
(6) TAVAKALOV Mohsen, « Iran’s Crude Oil Exports: What Minimum Is Enough to Stay Afloat? », Atlantic Council, 16/07/2019
(7) Entretien avec l’auteur en mai 2019
(8) GOLKAR Saeid, « Knuckling down under maximum pressure: Iran’s basij in Transition », War on the Rocks, 10/07/2019
(9) AREFI Armin, entretien avec SAFAVI Hamze, « Iran : le cadeau de Trump aux Gardiens de la révolution », Le Point, 12/04/2019
(10) International Crisis Group, « The Illogic of the U.S. Sanctions Snapback on Iran », 02/11/2018
(11) Reuters, « L’Iran dément être prêt à négocier sur ses missiles », 16/07/2019
(12) AZDI Sina, « Historic Traumas Underline Iranian Reliance on Missiles », Atlantic Council, 18/12/2018
(13) Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) ou Accord de Vienne sur le nucléaire iranien est un accord signé à Vienne, en Autriche, le 14 juillet 2015, par les huit parties suivantes : les pays du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies — les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni — auxquels s'ajoute l'Allemagne), ainsi que l'Union européenne et l'Iran. Cet accord-cadre a pour but de contrôler le programme nucléaire iranien et de faire lever les sanctions économiques qui touchaient le pays
(14) DUCLOS Michel, « Iran - Stratégie du garrot, stratégie de la grenade, diplomatie de sortie de crise », Institut Montaigne, 10/07/2019
(15) The New York Times, « Strikes on Iran approved by Trump, then abruptly pulled back », 20/06/2019
(16) MANCHESTER Julia, « Poll: Voters back Trump’s decision not to strike Iran », The Hill, 02/07/2019
(17) KANDEL Maya, « Face à l’Iran, Trump veut faire croire que la guerre est possible », Le Monde, 21/05/2019
(18) AREFI Armin, entretien avec ZIMMT Razt, « Sur l’Iran, Netanyahu laisse Trump faire le travail », Le Point, 12/07/2019
(19) SICK Gary, « The Wheels Are Coming Off », Lobe Log, 19/07/2019
(20) GHAZI Siavosh, « Des garde-côtes émiratis à Téhéran, une première depuis six ans », RFI, 31/07/2019
(21) GHAZI Siavosh, « Détroit d’Ormuz : rencontre des chefs de la diplomatie iranienne et omanaise », RFI, 28/07/2019
(22) RFI, « L’Iran remercie l’Arabie saoudite pour la libération de son tanker Happiness 1 », 21/07/2019
(23) AREFI Armin, « États-Unis-Iran : le mystère du pétrolier iranien arrêté à Gibraltar », Le Point, 23/07/2019
(24) Euronews, « Iran : Jeremy Hunt propose une mission européenne de protection dans le Golfe », 23/07/2019
(25) TISDALL Simon, « The heedless drift towards war with Iran shames Britain », The Guardian, 28/06/2019
(26) GROS-VERHEYDE Nicolas, « Londres lance une force européenne de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présents », Bruxelles2, 22/07/2019.
(27) Le Monde avec Agence France Presse, « L’Iran met en garde les Européens contre toute obstruction à son pétrole », 29/07/2019
(28) FEERTCHAK Alexis, « Détroit d'Ormuz : la Russie et l'Iran envisagent un exercice naval conjoint », Le Figaro, 30/07/2019
(29) Agence France Presse, « Plus difficile pour Trump de vouloir négocier avec l’Iran », 23/07/2019

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