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G20 : violences vs. pédagogie ?

Par Aude Ayroles, reporter de l’Institut Open Diplomacy au sommet du G20 à Hambourg les 7 et 8 juillet 2017

· Economie,Social-développement,Gouvernance mondiale

En marchant dans les rues de Hambourg la veille du G20, je reconnais avoir été très surprise. Pas tant par la présence de messages contre le G20, ce forum des représentants des 20 économies les plus importantes de la planète les 7 et 8 juillet, que par leur nombre. La majorité des petits commerces de la ville affichaient des slogans anti-G20, certains au ton catégorique et absolu. Plus surprenant encore : lever la tête pour voir « Fuck G20 » affiché sur les murs et les balcons de cette charmante ville hanséatique, ou de lire sur les boîtes postales des messages prônant la violence, comme « Brisons le G20 »...

Hambourg en état de siège

Un autocollant “Brisons le G20” sur une boîte aux lettres de Hambourg,

6 juillet 2017 par Aude Ayroles.

Une autre caractéristique de ces messages anti-G20 m’a particulièrement frappée : la diversité des reproches qui semblaient être faits, du “féminisme contre le G20” à la dénonciation des régimes peu respectueux des droits de l’Homme de certains chefs d’Etats et de gouvernements du G20, tout en évoquant plus généralement un manque de solidarité. Le G20, ce Yéti des temps modernes est sorti en centre ville, quelle erreur il semblerait ! Pendant la manifestation anti-G20 du jeudi 6 juillet au soir, le passant pouvait lire parmi la foule des messages sur le féminisme, sur Erdogan, sur « Trump le fasciste »… mais finalement assez peu sur l’agenda du G20 de cette année qui visait pourtant à aborder des sujets tels que le terrorisme, le climat (pour lequel un front uni à 19 s’est fait entendre), ou encore la santé mondiale avec la volonté de réussir à éradiquer la tuberculose notamment. Un tel gouffre semble séparer les deux agendas, celui de la rue et celui du G20 : l’agenda du G20 n’était-il finalement pas suffisamment ambitieux ?

Cette manifestation du 6 juillet, curieusement nommée « Welcome to hell », était un mélange de tous genres : des observateurs et manifestants pacifiques aux activistes violents au visage caché. Plusieurs nationalités étaient présentes, témoignant d’une motivation sans faille. Mais suis-je la seule à m’interroger sur l’« enfer » en question ? Pensaient-ils à la manifestation en elle-même - où plus de cent policiers allemands ont été blessés, de même que des journalistes, parfois visés par les manifestants ? Ou au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G20, bien calfeutrés à la Messe de Hambourg ?

Anecdote curieuse : le cortège faisant face aux forces de l'ordre s'écarte soudain pour laisser passer un livreur de pizza. En toute sérénité, ce dernier file le long de la route avant de s'engouffrer entre deux camions de police, sous les applaudissements des manifestants. Je pensais que leur revendication principale concernait la lutte contre la capitalisme ? Pourtant, quoi de plus symbolique de notre société de consommation axée sur la culture de l'instantanée qu'un livreur de pizza d’une chaîne de fast-food américaine? Et que penser de l’image de cette culture du fast-food, servant les intérêts des entreprises plutôt que ceux de ses consommateurs ?

Pendant ce temps, un livreur Dominos Pizza se faufile entre les camions de la police pour livrer sa pizza. Hambourg, 6 juillet 2017 (c) Paul Lorgerie.

Sans préjuger de la légitimité des revendications de certains manifestants, certainement bien plus précises et cohérentes que ce qui en a été perçu dans la rue, que penser de la violence et la haine contre le G20 dont Hambourg a été le témoin ces derniers jours ? A mon sens, la violence ne constitue pas un moyen de communication légitime, encore moins un outil qui permette de faire avancer des problématiques sensibles où une réponse globale doit être trouvée. Le G20 représente une vraie fenêtre d'opportunité politique pour l’opposition, certes, mais la violence engendrée par ces manifestations fait taire ces mêmes revendications au profit de la seule diffusion de scènes de violences.

Ces violences ont en effet empêché les revendications portées par les manifestants d’effleurer et de peser concrètement sur les échanges, alors même que certains messages positifs engageaient par exemple à mettre la planète Terre et la solidarité avant toute chose.

Pourtant, le virage vers une mondialisation plus régulée a déjà été amorcé

Les membres du G20, dans la mesure où ils regroupent deux-tiers de la population mondiale, environ quatre-cinquièmes du PIB mondial, représentent nos sociétés « mondialisées ». Ils représentent beaucoup moins d’ailleurs les pays peu internationalisés. A la mondialisation, nous associons inégalités, et certainement à juste titre. Il est plutôt largement admis aujourd’hui que les pertes des uns n’ont pas forcément créé la richesse des autres1. Et cette prise de conscience est loin d’être étrangère aux dirigeants du G20. Le président chinois Xi Jinping lui-même déclarait lors du Forum économique mondial à Davos le 17 janvier dernier : “nous devons reconnaître que la mondialisation économique est une lame à double-tranchant2.

Nous ne sommes pas tous d’accord avec les politiques de nos voisins, ni avec leurs pratiques en matière de respect des droits de l’Homme. Pour autant, devons-nous renoncer au dialogue entre les nations au risque de ne jamais voir ces voisins se transformer ? Taire les discussions pour une action collective sur la préservation des biens communs ? Notamment en ce qui concerne le climat, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre la résistance antibiotique, nous ne pouvons pas nous prémunir seuls contre ces problématiques mondiales. Aucune frontière n’étant hermétique, renoncer au dialogue, faire cavalier seul, ne peut pas être la solution. L’agenda du G20 comportait ainsi des problématiques qu’il est urgent de résoudre.

Contre la violence, du dialogue ?

En revanche, ce que nous apprennent humblement ces manifestations et le rejet catégorique du G20, c’est que ce dernier manque peut-être encore de pédagogie. Ces manifestants ont-ils conscience qu’ils baignent dans la mondialisation depuis leur plus jeune âge et auraient certainement du mal à s’en passer ? Nos smartphones ne sont-il pas fabriqués à travers des chaînes de valeur mondiales, qui posent tout autant de problèmes en matière de droit du travail, de protection de l’environnement, de conflits sociaux3 ?

Copie d’écran du tweet de @schomberg, avec traduction, avec la photo d’un manifestant posant pour un selfie avec un Iphone devant un feu de rue, publié dans le contexte des manifestations contre le G20 à Hambourg le 7 juillet 2017” (lien vers tweet original), modifiée par Aude Ayroles (visage flouté).

Les violences de Hambourg ne peuvent que témoigner de l’urgence d’une meilleure pédagogie des classes dirigeantes et des représentants de la société civile de tous bords politiques, autour de ce qui est fait et discuté au sein du G20 pour contrevenir aux effets indésirables de la mondialisation. Ces effets négatifs de la mondialisation, trop souvent perçue comme “sauvage” et injuste, appellent en outre à des solutions concrètes, coordonnées et durables, permettant de protéger les citoyens, tout en s’assurant que les pays ne se referment pas sur eux-mêmes : une forme de “régulation”.

Cette volonté de répondre aux problèmes des sociétés dans leur ensemble, concrétisée à travers un communiqué sans compromis avec la position américaine sur le climat4, avait pourtant bien été soulignée par la chancelière allemande Angela Merkel lors de son discours d’ouverture le 7 juillet. Il apparaît absolument nécessaire que l’ensemble de la société puisse s’approprier le dialogue établi par le G20 avec la société civile pour éviter ce type de débordements, nuisible au dialogue citoyen.

Dans ce sens, mieux faire connaître le travail des différents groupes d’engagements représentant la société civile et le suivi de la réalisation des engagements pris par le G205 peuvent sûrement contribuer à renforcer le dialogue. Les premiers délivrent en effet aux délégations nationales des analyses et recommandations pour construire des économies plus soutenables et inclusives, tandis que le second permet un suivi des actions concrètes mises en oeuvre par les membres du G20 pour tenir les engagements pris lors du sommet précédent. Alors… à nos lectures et nos débats (pacifiques) !

1 Voir podcast “La France et l’Union européenne au défi d’une autre mondialisation”, diffusé le 1er juillet 2017 sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/leconomie-en-questions/la-france-et-lunion-europeenne-au-defi-dune-autre-mondialisation?xtmc=mondialisation&xtnp=1&xtcr=3

2 “Full Text of Xi Jinping keynote at the World Economic ForumPresident Xi JinPing’s keynote at the World Economic Forum”, CGTN America, le 17 janvier 2017 : https://america.cgtn.com/2017/01/17/full-text-of-xi-jinping-keynote-at-the-world-economic-forum

3 RAOUL, Emmanuel, “Du Katanga à la Chine, une course d’obstacles - Peut-on fabriquer un téléphone équitable ?”, Le Monde diplomatique, mars 2016 : http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2014/12/19/32001-20141219ARTFIG00179-un-reportage-de-la-bbc-revele-les-coulisses-de-fabrication-de-l-iphone-6.php

4 “G20 Leaders' Declaration: Shaping an Interconnected World”, sur le site du G20 Research Group de l'Université de Toronto, le 8 juillet 2017 : http://www.g20.utoronto.ca/2017/2017-G20-leaders-declaration.html

5 Effectué par la Munk School de l’Université de Toronto. Pour leurs différentes analyses, voir : http://www.g20.utoronto.ca/analysis/

Légende de la photo en bandeau : près de 10 000 personnes sont venues contester l’organisation du G20 à Hambourg, capitale de la gauche allemande. 6 juillet 2017 (c) Paul Lorgerie.

Les opinions et interprétations exprimées dans les publications engagent la seule responsabilité de leurs auteurs, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs.

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