Return to site

J’ai fait de la méditation au Forum de l’OCDE

par Claire Lebrun, reporter de l’Institut Open Diplomacy au Forum de l’OCDE les 6 et 7 juin 2017

· Economie,Social-développement

Les 6 et 7 juin dernier, au Forum de l’OCDE, plus de 3 000 invités et intervenants bourdonnaient parmi la centaine de conférences prévues. Le panel de sujets était on ne peut plus vaste, de l’économie inclusive à la démocratie digitale, et demandait une concentration intense. Pour s’y préparer, tôt dans la matinée, une activité encore peu commune dans le monde du travail prenait place : la méditation.

Le bien-être, nouvelle ambition du monde de l’entreprise

De 8h30 à 9h, Holly Niemela, experte du « bien-être », invite les participants aux alentours de la salle du DiscoveryLab  (Laboratoire de découverte ), à profiter de leur pause café pour venir s’installer sur les petits sièges blancs, les même dédiés à toutes les conférences. Dans une ambiance calme et moderne, l’ancienne professeure de yoga nous murmure au creux de l’oreille grâce à un casque connecté.

Rapidement, l’assistance ferme les yeux et se concentre sur la voix de Holly. On fait le vide, on se fixe sur un point, on se détend. Les vingt minutes en paraissent cinq. Le message final : « aimer ceux autour de nous », et s’ouvrir au monde. Lorsque l’on doit résumer en un mot l’expérience, les expressions « détendu », « heureux », et « ouvert » reviennent le plus.

La méditation comme pratique professionnelle est apparue il y a maintenant trente-cinq ans aux États-Unis avec pour but de réduire le stress des patients et du personnel hospitalier. Aujourd’hui, la pratique s’étend à tous les domaines professionnels. Ses bénéfices sont prouvés : réduction du burn-out, communication apaisée avec autrui[1]. De nombreuses personnalités la pratique quotidiennement, de la chanteuse américaine Katy Perry à Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions. Que signifie son utilisation dans l’amorce du Forum d’une institution économique internationale ?

À la carte de l’OCDE cette année, on se préoccupe du bien-être individuel. MeikWiking, auteur d’un livre sur le bonheur – The little Book of Hygge: Danish Secrets to Happy Living [2] – est également intervenu sur le sujet dans une conférence intitulée « Comment peut-on mesurer le bonheur ? ». S’il y a une clé, elle résiderait principalement dans la satisfaction de ce que l’on a déjà.

Une philosophie contraire au monde de l’entreprise traditionnel, où l’on doit toujours chercher à s’améliorer. Avec la montée des nouvelles technologies et dans un monde toujours plus interdépendant, la compétition se durcit, et le stress des travailleurs s’accroît. Alors que devenir un meilleur employé signifierait aujourd’hui être quelqu’un d’épanoui. Le concept d’espaces de repos est arrivé chez Google dès 2010. Dans un monde sur-connecté, se détendre permettrait de mieux s’adapter ?

La méditation, le nouveau jogging ?

En mars 2017, la journaliste Marisa Meltzer, parlait de l’arrivée en fanfare de la méditation dans les habitudes newyorkaises[3]. Adepte des modes « saines », elle s’y essaye grâce aux nouvelles applications qui y sont dédiées comme par exemple Mndfl. Ayant du mal à être calme dans la vie de tous les jours, elle reste descriptive dans l’expérience, qui lui a tout de même procurée de la « tristesse », mais lui permit à la fin de se « détendre ».

C’est la deuxième année consécutive que Holly Niemela intervient au Forum de l’OCDE. Elle enseigne d’ores et déjà la méditation au sein de plusieurs entreprises à Paris, dans la restauration comme Sodexo, chez l’assureur AXA, l’école 42, etc. Elle est aussi diplômée en sciences politiques et l’un des 100 professeurs sélectionnés par le programme « Search Inside yourself » d’entraînement thérapeutique créé chez Google. En outre, elle a réalisé un TedTalk sur la connexion intérieure en juin 2013[5].

Lorsqu’on lui demande si dans dix ans, la méditation sera banalisée dans le monde de l’entreprise, elle en est certaine : « Dans les années 1970, lorsque le jogging a commencé, les gens trouvaient ça bizarre. Aujourd’hui, c’est devenu un business qui engrange plusieurs millions de dollars. Certains en font tous les jours. Je pense que c’est pareil pour la méditation. C’est un exercice déjà quotidien pour des personnes à qui ça change la vie. Ils sont moins stressés, ils gèrent leur anxiété, ils deviennent plus concentrés. Concrètement ils sont plus heureux ».

L’un des principaux enseignants français de la méditation, Fabrice Midal, va plus loin[6] : la méditation permettrait de se connecter à l’instant présent en l’étant avec soi-même. Dès lors, on comprendrait mieux notre esprit, nos émotions, et on deviendrait plus sincère dans ce qu’on entreprend.

Comme toutes les bonnes choses, il ne faut pourtant pas en abuser. Une récente étude de l’université de Brown[7] montre que plus de 80 % des personnes qui méditent ont éprouvé des émotions négatives : la paralysie mentale, la dépression, la réapparition de souvenirs traumatisants ou des difficultés à interagir avec les autres.

Comme tout sport ou thérapie, la méditation a sa part de douleur. En 1819, Benjamin Constant dans son discours « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », écrivait que l’ère moderne fait du bonheur individuel une condition sine qua non de l’épanouissement de la société. La méditation nous isole les uns des autres, ou au contraire constitue-t-elle un outil qui renforcera l’épanouissement de chacun, et dès lors la cohésion commune ? Est-ce un effet de mode ou une activité qui s’ancrera dans nos habitudes à l’avenir ?

À méditer.

[1] ASKENAZI Bruno, "La méditation pleine conscience fait rimer business avec sagesse", Capital, juin 2016 :  http://www.capital.fr/votre-carriere/la-meditation-pleine-conscience-fait-rimer-business-avec-sagesse-1136884

[2] 5 étapes pour apprendre à méditer, Victoria Belz, propos de Fabrice Midal, auteur de « frappe le ciel, écoute le bruit », février 2014 http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/18/apprendre-a-mediter_n_4802346.html

[3] MELTZER Marisa, "So You Think You Can’t Meditate?", 15 mars 2017 : https://www.nytimes.com/2017/03/15/style/meditation-studio-sound-baths-mndfl-new-york.html?_r=0

[4] Application pour méditer : Mndflhttp://www.mndflmeditation.com/

[5] "Aum, mot de passe d'une connexion intérieure : Holly Niemela at TEDxVaugirardRoad 2013", 2013, https://www.youtube.com/watch?v=b25T1bTmXoY

[6] BELZ Victoria, "5 étapes pour apprendre à méditer", 18 février 2014 : http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/18/apprendre-a-mediter_n_4802346.html

[7] BERTRAND Véronique, "Méditation, attention à la maladie du zen !", Santé magazine, 6 juin 2017, http://www.santemagazine.fr/actualite-meditation-attention-a-la-maladie-du-zen-78132.html

Légende de la photo en bandeau : séance de méditation, Forum de l'OCDE, 6 juin 2017 (c) Sarah Lemaire.

Les opinions et interprétations exprimées dans les publications engagent la seule responsabilité de leurs auteurs, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs.

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly