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L’Union européenne durcit le ton contre Moscou

par Clara Marchaud, reporter de l’Institut Open Diplomacy au Conseil européen des 20 et 21 octobre 2016 en partenariat avec Toute l’Europe

· Europe,Eurasie

Cet article a été écrit dans le cadre du partenariat entre l’Institut Open Diplomacy et touteleurope.eu.

Les chefs d’État et de gouvernement des 28 pays de l’UE se sont rencontrés les 20 et 21 octobre derniers lors du Conseil européen pour aborder, entre autres, la question des relations de l’Union avec la Russie. Alors que la guerre en Ukraine continue et que les bombardements russes en Syrie depuis septembre dernier ont obscurci encore un peu plus les relations entre Moscou et Bruxelles, le ton se durcit du côté européen.

La levée des sanctions européennes contre Moscou n’est plus d’actualité

En amont du Conseil européen, Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande se sont finalement réunis en “format Normandie” à Berlin le 19 octobre pour discuter de la guerre à l’Est de l’Ukraine - la présence de la délégation présidentielle russe n’ayant été confirmée que la veille de la réunion aux chefs d’Etat et de gouvernement ukrainien, allemand et français. Alors que les armes ne se sont jamais réellement tues dans le Donbass depuis 2014, le règlement politique du conflit semble aujourd’hui quasiment impossible. “Chaque partie estime que c’est à l’autre de bouger” expliquait une source diplomatique française au Monde[1], peu avant la rencontre de Berlin.

Conférence de presse de Vladimir Poutine à l'issue de la réunion de Berlin le 19 octobre (c) kremlin.ru photo TASS

Si la situation reste donc bloquée, le Conseil européen d’octobre a engendré une nouveauté : les Européens ne doutent plus aujourd’hui de la position à adopter face à Moscou.

Les Vingt-Huit avaient adopté des sanctions économiques et diplomatiques à la suite de l’annexion de la Crimée en mars 2014 par le “grand frère russe”. L’UE a ainsi décidé des gels d’avoir et des interdictions de visa pour les personnes proches du pouvoir russe ayant soutenu l’annexion de la Crimée, en plus de restrictions d’importation et d’exportation depuis et vers la Russie. Des demandes de levée de ces sanctions se faisaient entendre ces derniers mois depuis la Hongrie, la Grèce, la Slovaquie, Chypre et dans une moindre mesure depuis l’Italie. Le Conseil européen a balayé ce débat sur la levée des sanctions le 20 octobre, dès le premier jour de la rencontre.

Il est clair que la Russie cherche à affaiblir l’Union européenne” a ainsi fermement affirmé Donald Tusk, lors de sa conférence de presse à l’issue du dîner de travail. Selon le président du Conseil européen, cette analyse a été mise en évidence par “la violation des espaces aériens, les campagnes de désinformation, les cyber-attaques, l’interférence dans les décisions politiques en Europe, et cela va même plus loin, si on considère l’attitude russe dans les Balkans ou encore ce qu’a révélé l’enquête sur le crash du vol MH17 [en juillet 2014]”.

La situation syrienne change la donne et envenime des relations déjà tendues

Mais ce qui est a réellement motivé cette volonté nouvelle de fermeté des autorités européennes envers la Russie est l’implication de Moscou en Syrie. ”L’émotion créée par la tragédie d’Alep a coupé court à ce débat” sur les sanctions actuelles confiait un haut diplomate français au Monde[2] en amont du Conseil européen. En effet, les Russes ont lancé depuis l’année dernière, une campagne de raids aériens officiellement contre Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique), mais qui en réalité touchent avant tout les groupes hostiles au régime du président syrien Bachar Al-Assad, allié de Moscou. Ces bombardements se sont d’ailleurs intensifiés depuis septembre, touchant notamment civils et hôpitaux des zones rebelles : des “crimes de guerre” selon Paris et Berlin.

À la suite de la réunion avec le président ukrainien le 19 octobre dernier à Berlin, “un échange très clair et très dur” avec Vladimir Poutine a eu lieu au sujet de la Syrie selon la chancelière allemande qui était accompagnée de son homologue français. Cette rencontre est intervenue quelques jours après que Moscou ait annoncé “une pause humanitaire” des bombardements prévue pour le 20 octobre et finalement arrivée à expiration le 22 octobre au soir.

Conférence de presse finale du Conseil européen, Bruxelles, le 21 octobre 2016 (c) Clara Marchaud.

Marqué par ce contexte de tensions, le Conseil européen a condamné la Russie et le régime syrien pour leurs attaques contre des populations civiles. Dans les conclusions du Conseil concernant les relations extérieures, les Vingt-Huit États membres précisent que “l’UE envisage toutes les options disponibles, si les atrocités commises actuellement devaient se poursuivre”. Les sanctions contre Moscou sont donc envisagées même si leur mise en oeuvre semble difficile car elle nécessiterait une décision à l’unanimité du Conseil européen - cette unanimité a également manqué pour mentionner explicitement  les sanctions dans la déclaration finale. La position adoptée face à Moscou semble donc encore timide alors que des combats meurtriers continuent autant en Ukraine qu’en Syrie. L’UE a néanmoins passé un cap clé ces 20 et 21 octobre.

[1] VITKINE Benoît, “Vladimir Poutine attendu à Berlin sur le dossier ukrainien, une rencontre pour rien ?”, 19 octobre 2016, LeMonde.fr, consulté le 23 octobre 2016 : http://www.lemonde.fr/international/article/2016/10/19/vladimir-poutine-attendu-a-berlin-sur-le-dossier-ukrainien-une-rencontre-pour-rien_5016531_3210.html

[2] SEMO Marc, WIEDER Thomas, “Rencontre tendue entre Hollande, Merkel et Poutine sur la Syrie”, 20 octobre 2016, LeMonde.fr, consulté le 23 octobre 2016 :

http://www.lemonde.fr/international/article/2016/10/20/rencontre-tendue-entre-hollande-merkel-et-poutine-sur-la-syrie_5017243_3210.html#m4VvV3yJhFwvXeHT.99

Légende de la photo en bandeau : rencontre à Berlin le 19 octobre 2016 entre les présidents russe Vladimir Poutine, urkainien Viktor Porochenko, français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel (c) Présidence de la République - F. Lafite 

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