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Le Sahel et ses périphéries : enjeu central pour le “G7 - Affaires étrangères”

Par Ryan Abdelhakim, reporter Open Diplomacy à la réunion des ministres des Affaires étrangères en préparation du G7.

Les 5 et 6 avril, les délégations ministérielles des Affaires étrangères et la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, ont trouvé un consensus autour de la sécurité et du développement au Sahel et ses régions voisines.

Plus qu’une préoccupation, un enjeu de taille pour les leaders politiques qui étaient présents à Saint-Malo et à Dinard, en Bretagne. Le Sahel, qui désigne terre plate en arabe, est une bande africaine située au sud du Sahara. La Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Soudan et le Soudan du Sud font partie de cette région au cœur de multiples défis et tensions. Ces derniers sont intrinsèquement liés aux trafics de drogues, d’armes, d’être humains dont souffrent les migrants. Le terrorisme est également très ancré dans la région.

L’Alliance Sahel : des solutions mondiales pour les défis de la région

Née en juillet 2017, l’Alliance Sahel est composée de la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark, l’Union européenne, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le Programme des Nations Unies pour le Développement. D’après l’Agence française de développement, 6 milliards d’euros ont été mobilisés pour concrétiser plus de 500 projets liés à l’éducation, à la formation des jeunes mais aussi à la sécurité, à la gouvernance, à l’accès aux services de base ou encore à l’agriculture. L’un des enjeux majeurs est donc celui du développement, les États sahéliens susmentionnés étant pauvres, ce qui entrave leur pouvoir d’assurer éducation, santé, justice et sécurité.

Le renforcement d’une coopération internationale et interrégionale

Les initiatives et les mesures prises lors de cette réunion de préparation du G7 ont été évoquées brièvement par le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. Elles figurent aussi sur les déclarations issues des débats et des négociations à Dinard. Jean-Yves Le Drian et ses sept homologues ont trouvé un consensus sur la nécessité de pérenniser la coopération avec le G5 Sahel (la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad). Ils souhaitent assurer plus de sécurité et de développement au sein des pays de cette organisation. Cette solidarité plus importante inclurait également les 15 pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Guinée sont membres. Cette coopération met en toile de fond « l’importance primordiale de la justice en tant que pierre angulaire des efforts en matière de sécurité, de gouvernance et de développement », d’après la déclaration de Dinard sur le partenariat pour une stratégie globale et durable de lutte contre les trafics illicites dans la région du Sahel.

Il est tout d’abord demandé une coopération plus approfondie entre les acteurs nationaux et supranationaux sur les dimensions judiciaires, de sécurité et de renseignement policier. La déclaration sur la lutte contre les trafics au Sahel mentionne la volonté d’« une coordination accrue entre l’UE, notamment à travers ses missions de gestion civile des crises (EUCAP Sahel Mali et EUCAP Sahel Niger), INTERPOL et les Nations Unies (notamment l’ONUDC) ».

Cette large solidarité repose sur deux principales bases. D’une part, le but est de « renforcer les systèmes opérationnels et judiciaires (“chaîne pénale”) en appuyant des contrôles frontaliers intégrés. » En effet, la région n’investit pas suffisamment dans les infrastructures transfrontalières. De plus, l’isolement de certaines localités a rendu les frontières poreuses qui ont été tracées pendant la période coloniale. La présence d’ethnies dans les régions transfrontalières sahéliennes est aussi un facteur important de l’érosion de celles-ci. Les groupes terroristes et le développement du commerce informel transfrontalier participent donc à l’insécurité et à l’incapacité des Etats sahéliens à protéger leurs populations. Mettre l’accent sur « l’activité policière » tout en incluant « la dimension du genre » est aussi une des mesures importantes évoquée. Cela montre que l’enjeu des inégalités femmes-hommes, point important de l’agenda du G7, est transversal. Le renforcement de l’activité policière repose sur l’amélioration du renseignement et des « dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et la corruption ». D’autre part, le respect des normes internationales est aussi évoqué à maintes reprises dans la déclaration.

Par ailleurs, les discussions sur le G5 Sahel entre Jean-Yves Le Drian et Moussa Faki Mahamat, président de l’Union africaine, à Saint-Malo, ont porté sur l’importance des opérations de paix dans tout le continent africain. Le financement par les pays du G7 d’un « fonds » de l’Union africaine est une des mesures concrètes qui a été mentionnée par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français lors de son discours de clôture de la ministérielle à Dinard, le 6 avril.

Toujours en matière de paix et de sécurité, les ministres et leurs délégations tiennent à « saluer les initiatives du G5 Sahel en matière de paix et de sécurité, notamment la Plateforme de coopération en matière de sécurité régionale dans le Sahel du G5, le Collège sahélien de sécurité, le Collège de défense du G5 Sahel » dans le combat contre « le trafic illicite », pour reprendre les mots du communiqué.


La place des femmes dans les conflits au Sahel

Les sept ministres ont mis sous la lumière des projecteurs les violences faites aux femmes dans les conflits. L’égalité femme-homme doit, selon eux, se concrétiser dans la haute sphère politique et plus précisément dans les relations inter-étatiques et dans le règlement des conflits. Bien que cette question ne soit pas spécifiques au Sahel et s’inscrit dans une perspective mondiale, elle a son importance dans la région. L’objectif est donc double : garantir plus de sécurité aux femmes dans les conflits, mais aussi de les rendre déterminantes à chaque phase de leur résolution. Un combat alors multiscalaire symbolisé par le label « equality at major events » (égalité aux évènements majeurs) faisait la promotion de l’égalité femme-homme dans les locaux du G7, à Dinard. Multiscalaire car militant pour arrêter les violences sexuelles touchant les femmes et les filles et donner une place plus importante aux femmes dans la diplomatie et la paix dans des régions comme le Sahel caractérisé par l’insécurité.

L’exemple de la Burkinabée, Justine Coulidiati-Kielem, coordinatrice de la plateforme des femmes du G5 Sahel est inspirant pour comprendre le rôle clé que peuvent jouer les femmes dans la lutte contre le terrorisme. Les objectifs sont de « renforcer leur leadership et leur participation dans les processus de paix », explique-t-elle dans un entretien au Monde Afrique. Elle rappelle aussi que la femme « contribue à la cohésion sociale en unissant les familles parfois de différentes ethnies » et est cruciale dans « l’éducation des jeunes ». « Très actives dans les associations communautaires, professionnelles et les organisations de société civiles », les femmes bénéficient de l’aide de Justine Coulidiati-Kielem avec la plateforme du G5 Sahel qui leur montre comment “repérer les premiers signaux de radicalisation ». De quoi faire converger les thématiques du Sahel à celle de la présence des femmes dans le monde de la politique et de la diplomatie.

Paix et insécurité dans les périphéries du Sahel

La stabilité politique, le développement social et économique, la représentation des femmes dans les processus de paix, la question du terrorisme ne sont pas uniquement liés à la région sahélienne, elles concernent aussi l’Afrique dans son ensemble et le monde.

Le jeudi 4 avril, l’homme fort de l’Est du pays, le maréchal Khalifa Haftar, a ordonné à ses troupes de se diriger vers Tripoli, base du gouvernement d’« union nationale » de Faïez Sarraj, reconnu par la communauté internationale. Les ministres des Affaires étrangères ont rédigé un communiqué commun, dans lequel ils exhortent unanimement toutes les parties impliquées « à faire cesser immédiatement tous les mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par l’ONU, mettent des civils en danger et font durer les souffrances du peuple libyen ». Jean-Yves Le Drian a rappelé son attachement à un processus électoral libre : « En Libye, il n’y aura pas de victoire militaire. La solution ne peut être que politique. » Un même attachement évoqué par le ministre des Affaires étrangères italien, Enzo Moavero Milanesi, au cours d’une courte interview devant la plage de Dinard : « Nous pensons que les initiatives militaires ne sont pas les meilleures [solutions] pour garantir le développement pacifique de la Libye». Tous les ministres, à l’instar de Chrystia Freeland, cheffe de la diplomatie canadienne, ne dissimulent pas leur prudence à l’égard de la situation dans ce pays : « Nous sommes vraiment attentifs à ce qui se passe là-bas. »

Trouver des solutions efficaces aux questions et aux besoins du Sahel et de ses régions voisines passerait donc par une « revitalisation du multilatéralisme », un « nouveau multilatéralisme » pour reprendre les mots forts du chef de la diplomatie française. Alors que les États-Unis s’isolent sur la scène internationale et que le Royaume-Uni est débordé par un Brexit qui cherche difficilement une issue, la France présidant le G7 cette année, se présente comme pionnière du multilatéralisme aux côtés de l’Allemagne, du Japon et du Canada.

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