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ODD : un consensus universel à la portée limitée

Par Thomas Friang, Président et Directeur général de l'Institut Open Diplomacy

L'adoption des dix-sept Objectifs de développement durable, ODD, à l'ONU en septembre 2015 pour remplacer les huit Objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000, est un « accord historique ». Pour le Directeur de la stratégie de l'Agence française de Développement - AFD, Philippe Orliange, interrogé par Open Diplomacy le 29 février 2016, cet accord s'apparente à un « consensus planétaire pour définir ce qu'on entend par développement durable et comment on y parvient ». Rien de moins.

Pour autant, cette nouvelle feuille de route des Nations unies cherche à répondre à des questions nettement moins consensuelles au plan mondial. Par exemple : comment bien articuler croissance économique et développement durable ?

La décroissance, tabou mondial

Pour certains économistes du développement comme Matthieu Boussichas de la Fondation pour les Études et Recherches sur le Développement international - FERDI, l'interrogation ne serait pas pertinente car « dans les années 1950, on définissait le développement comme la croissance durable et bénéfique à tous ». Réfutant le caractère tautologique de la notion de développement durable et donc l'impertinence de la question, l'économiste en appelle au pragmatisme. « Les ODD sont un agenda mondial pour traiter au plan universel le défi de la croissance et d'un développement soutenable ».

Flore Gubert, chargée de recherche à l'Institut de recherche pour le développement - IRD, abonde dans son sens en soulignant que « s'interroger sur la notion de décroissance aurait stérilisé toutes les négociations diplomatiques » ; Philippe Orliange va jusqu'à dire que le seul chef d’État ayant parlé de décroissance lors de l'Assemblée générale des Nations unies de septembre 2015 était le Saint-Père, plus d'ailleurs pour parler de croissance « sobre » que de décroissance stricto sensu.

Exit des années de réflexions macroéconomiques sur le bienfondé de la croissance du PIB... Pour Matthieu Boussichas, l'explication n'est pas loin : il s'agit de « mettre d'accord Nord et Sud sur une feuille de route pour gérer les biens publics mondiaux ». Réaliste, il rappelle d'ailleurs que « le plus simple a été fait, il reste maintenant la mise en oeuvre » allant même jusqu'à refuser de citer en exemple un pays qui se serait engagé dans un cycle de développement vertueux !

Moins cynique, Flore Gubert salue les efforts de l’Éthiopie et de son programme de production hydro-électrique, ou encore de la Bolivie dont les communautés marginalisées par les cultures de rentes ont développé la production du quinoa. Philippe Orliange se réfère, lui, à la Colombie, ayant porté la transformation sociale de la capitale du crime, Medellín, et au Kenya, qui résout les difficultés de développement posées par le manque d'accès à l'énergie grâce à l'essor d'un grand programme de géothermie soutenu par l'AFD.

Les ODD, tout juste un début pour le développement durable

Les ODD relèvent donc bel et bien d’un consensus mondial (sic) pour définir le développement durable, mais ils sortent définitivement la possibilité de la décroissance du champ des politiques publiques. Pour Matthieu Boussichas, l'avenir passera par une vision nettement plus classique de l'économie : « quelles sont les incitations qui permettront de financer le surcoût que représente la "croissance verte" ? ».

A l'heure qu'il est, nous sommes loin d'un consensus mondial sur ces sujets : taxe sur les transactions financières et autres taxes sur la pollution et sur la gestion forestière sont autant de sujets écartés des cénacles internationaux, ou sujets à l'exclusive souveraineté nationale.

Sans parler du cloisonnement des accords internationaux qui délimite la crédibilité des ODD : cette dernière s'arrête là où commencent les accords bilatéraux et multilatéraux signés sous le régime de l'Organisation mondiale du commerce, sans référence sérieuse ni actualisée au « développement durable ».

"Les opinions et interprétations exprimées dans cet article engagent la seule responsabilité de son auteur, dans le respect de l'article 3 des statuts de l'Institut Open Diplomacy et de sa charte des valeurs."

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