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Quelle convergence pour le G20 de Hambourg ?

Par Aude Ayroles, jeune professionnelle, diplômée d’un master d’études internationales de l’IHEAL

· Gouvernance mondiale,Europe

Le prochain G20 se prépare déjà activement dans les réseaux diplomatiques, l’Allemagne ayant assumé la présidence de cette principale enceinte de coopération économique et financière internationale depuis le 1er décembre 2016. Alors que le sommet des chefs d’État et de gouvernement aura lieu les 7 et 8 juillet 2017 au Hamburg Messe, hall d’exposition de la deuxième plus importante ville d’Allemagne, le G20 est déjà l’objet de nombreuses interrogations.
 

Un agenda ambitieux

L’agenda de la présidence allemande du G20 touche à de vastes secteurs allant de l’innovation technologique à la santé, en passant bien évidemment par la régulation financière, mais touchant aussi au développement de l’Afrique.

Cet agenda est ambitieux pour plusieurs raisons. Non seulement il vise à consolider les actions déjà engagées par le G20 au cours des dernières années, par exemple en matière de réglementation financière et de soutien à l’innovation, mais il met également à l’agenda des sujets centrés sur des zones géographiques tels que l’Afrique, plus rarement ciblés lors des précédents sommets du G20. Compte-tenu du large éventail des thèmes de travail, obtenir des avancées concrètes dans tous les domaines traités, bien que souhaitable, ne sera pas évident. Par ailleurs, certains axes de consolidation paraissent déjà difficiles politiquement. La réglementation financière en fait partie : la volonté affirmée du nouveau président américain Donald Trump de revenir sur le Dodd-Franck Act de 2010, emblème américain de la réglementation financière post-crise, pourrait être un sérieux frein au succès des discussions. Il est essentiel que les mesures en faveur de la stabilité financière, enjeu global, soient coordonnées : un éventuel accord international d’ici le sommet de juillet sur la révision de l’accord de Bâle III en matière de régulation financière, adopté en 2010, permettrait au contraire d’adopter « Bâle IV » (dans le jargon médiatique et financier1), mais cet objectif semble difficilement atteignable.

L’on ne peut que saluer le courage de la Chancelière allemande de mettre des sujets si importants à l’ordre du jour des discussions, aussi peu de temps avant les élections fédérales allemandes, à l’occasion desquelles elle briguera un 4e mandat.

Une Europe face à ses incertitudes…

La configuration politique de ce G20 sera quelque peu particulière. Un président nouvellement élu par les Français en mai 2017 devra affirmer sa légitimé sur les sujets abordés, et renouveler le « couple » franco-allemand. Les élections fédérales allemandes prévues à l’automne 2017 et qui opposeront la chancelière Angela Merkel à Martin Schulz, l’ancien président du Parlement européen, viendront sans doute également peser sur la liberté de manœuvre que s’autorisera la chancelière allemande dans les discussions. Par ailleurs, cette dernière ne pourra impulser des avancées ambitieuses sur les sujets proposés sans un soutien ferme et relativement uni des autres pays de l’Union européenne. Or, si l’on ne peut qu’espérer que la conjoncture actuelle pousse les Etats membres à plus de solidarité, les récentes divergences plus ou moins marquées ont entaillé d’un coup de canif le rêve européen. Les difficultés suscitées par le Brexit, le cas grec, l’attitude à adopter face à la Russie, les orientations budgétaires et économiques communes, ne devront pas miner l’unité du bloc européen, au risque d’affaiblir le poids dans les discussions de l’UE, de l’ Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni.

attisées par une administration américaine polémique

La Chancelière allemande devra en outre se passer à l’occasion de la présidence du G20 du soutien de son allié traditionnel, les États-Unis. Pendant sa campagne, le président Donald Trump, investi le 20 janvier dernier, n’a eu de cesse de prendre pour cible les pays européens, saluant au passage la scission décidée par les Britanniques. Dès sa prise de fonction, des critiques ouvertes sur la politique économique de l’UE et plus particulièrement celle de l’Allemagne ont été faites par l’administration Trump. Peter Navarro, conseiller de D. Trump au Commerce, a commenté en ces termes le projet de partenariat transatlantique : « Un obstacle de taille empêchant de voir le TTIP comme un accord bilatéral est l’Allemagne, qui continue d’exploiter d’autres pays de l’UE ainsi que les États-Unis avec un « Deutsche Mark implicite » qui est largement sous-évalué »2. Les critiques (ou louanges du Brexit) formulées semblent clairement avoir pour volonté d’attiser les divergences européennes.

La réponse des Européens à ces commentaires et critiques de l’administration américaine est pourtant simple en théorie. Comme l’a souligné Jean-Marc Ayrault, chef de la diplomatie française, le 16 janvier dernier : « la meilleure réponse à l’interview du président américain, […] c’est l’unité des Européens […]. La meilleure façon de défendre l’Europe, c’est un peu l’invitation que nous fait Monsieur Trump, c’est de rester unis, de faire bloc, de ne pas oublier que la force des Européens, c’est leur unité »3. La préparation du G20 et ses discussions seront donc un test grandeur nature pour cette unité.

Quelles réactions des autres pays membres du G20 ?

Le détricotage des alliances traditionnelles et l’émergence de potentielles nouvelles alliances entre les pays en fonction des sujets, par exemple entre l’administration Trump et la Russie, ne peut que rendre l’issue du G20 incertaine. Ainsi, pour reprendre une interrogation de Gautier Mignot, Directeur général adjoint de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats au sein du ministère des Affaires étrangères et du développement international, les autres pays membres du G20 résisteront-ils à la tentation de répondre favorablement au bilatéralisme proposé par le président Trump ? Espérons que la peur de se retrouver isolés d’un grand partenaire commercial s’ils n’acceptaient pas les termes du président américain ne prendra pas le pas sur le renforcement du multilatéralisme dans les relations internationales. Malmenée par le président Trump à l’occasion du refus temporaire de ce dernier de se conformer à la politique traditionnelle des États-Unis de reconnaissance de la Chine unique depuis 1972, la position de la Chine vis-à-vis des États-Unis reste une autre inconnue de taille. Les six prochains mois contribueront à définir plus précisément les nouveaux jeux d’alliances de certains leaders, imposés par l’attitude de stop and go du président américain.

Une pédagogie de la mondialisation

Rappelé par le président chinois Xi Jinping dans son discours au sommet de Davos le 17 janvier dernier4 et par nombre de dirigeants politiques et intellectuels, le besoin de pédagogie et d’une meilleure régulation de la mondialisation est encore réaffirmé à l’occasion du G20 allemand. Différents groupes annexes du G20 existent comme forums de négociations de la société civile, le groupe des représentants d’entreprises (B20), celui des syndicats (L20), ceux des think-tanks (T20), des ONG (C20), des jeunes (Y20), mais également des femmes (W20), et de la communauté scientifique (S20). Il faut voir dans ces différents groupes une opportunité de se saisir de ces sujets de manière concrète, en parallèle d’une réponse au besoin de démocratie posée par le groupe du G20. Leurs contributions – et les suites données à leurs propositions – seront donc tout autant attendues que le communiqué final.

1 LEBOUCHER, Séverine, “Bâle IV : de quoi parle-t-on ? », Revue Banque¸ 25 mars 2016, consultable ici : http://www.revue-banque.fr/risques-reglementations/article/bale-iv-quoi-parle-t

2 A big obstacle to viewing TTIP as a bilateral deal is Germany, which continues to exploit other countries in the EU as well as the US with an ‘implicit Deutsche Mark’ that is grossly undervalued”, in Citation reprise de l’article suivant : DONNAN, Shawn, « Trump’s top trade adviser accuses Germany of currency exploitation », Financial Times, 31 janvier 2017, consulté ici : https://www.ft.com/content/57f104d2-e742-11e6-893c-082c54a7f539

3 Contenu multimédia dans Challenges, « Ayrault : "l'unité des Européens", la meilleure réponse à Trump », 16 janvier 2017, consultable ici : https://www.challenges.fr/videos/ayrault-lunite-des-europeens-la-meilleure-reponse-a-trump_8uxqkz

4 XI, Jinping, « President Xi’s speech to Davos in full”, World Economic Forum, 17 janvier 2017, consulté ici:https://www.weforum.org/agenda/2017/01/full-text-of-xi-jinping-keynote-at-the-world-economic-forum

Cet article a été nourri à partir des discussions lors du Forum Devenir Délégué organisé par l’Institut Open Diplomacy à Paris le 4 février 2017, autour de M. Michel Drain, Administrateur de l'Assemblée nationale et chercheur associé à l’IFRI, Dr. Christophe Destais, économiste et directeur-adjoint du CEPII, M. Georg Felsheim, Ministre-conseiller à l'Ambassade d'Allemagne en France, et M. Gautier Mignot, Directeur général adjoint de la Mondialisation du Développement et des Partenariats au MAEDI.

Légende de la photo en bandeau : “G20 Foreign Minister’s Meeting, 16 Feb 2017 - Working session on the "2030 Agenda for Sustainable Develepment" during the G20 Minister's Meeting in Bonn, Germany (Photo: Dirco) ”deGovernmentZAsous licenceCC BY-ND 2.0.

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