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Réunion du G7 : entre engagements et crises

Par Lucie Berbey et Ryan Abdelhakim, reporters Open Diplomacy à la réunion des ministres des Affaires étrangères en préparation du G7.

Les 5 et 6 avril, les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 se sont retrouvés à Dinard pour préparer le sommet qui rassemblera les sept chefs d’Etat à Biarritz, fin août.

“Réduire les menaces, lutter contre les inégalités et renforcer la démocratie”, tel est le slogan qui figure au bord de la plage de Dinard (Ille-et-Vilaine). Le choix de cette ville bretonne par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian pour la ministérielle de préparation du G7 est symbolique. Le ministre français y est personnellement attaché puisque la Bretagne représente sa terre natale et son fief électoral. Mais cette région « ancrée dans l'histoire et innovante » offre également une évidente ouverture sur le monde. Les principaux défis que doivent relever ces Etats ont été clairement évoqués lors de cette réunion : les menaces dans la région du Sahel, la lutte contre les inégalités femmes-hommes, ainsi que la protection de la démocratie, à travers le numérique et le cyberespace.

La lutte contre les inégalités femmes-hommes, une « priorité » pour la France au G7

Jean-Yves Le Drian a rappelé que la lutte contre les inégalités femmes-hommes était une « priorité » pour la France, qui organise cette année le G7 à Biarritz. Avec ses homologues allemand, italien, anglais, américain, japonais, canadien, il a plaidé l’importance des femmes dans les processus de paix et dans les hautes sphères politiques. La lutte contre les violences faites aux femmes dans les conflits a également été l’objet d’une attention particulière. Ils ont ainsi acté la création d’un fonds servant aux victimes de violences sexuelles dans les conflits, reprenant ainsi les actions du « réparateur des femmes », Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018. Dans la déclaration conjointe de Dinard sur les femmes, la paix et la sécurité apportées aux victimes dans les conflits, les pays membres du G7 affirment vouloir intensifier l’assistance « médicale, sociale et psychologique » aux victimes.

Le processus de paix et de stabilisation n’a pas seulement été évoqué par le prisme du rôle que peuvent jouer les femmes. Le contrôle de la zone sahélienne était au sommaire des discussions, notamment avec la présence du président de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat. Le Sahel, bande africaine désertique située au sud du Sahara, est marqué par la richesse de ses ressources stratégiques convoitées (gaz, pétrole, or…). L’accès et la gouvernance de ses ressources, l’instabilité politique et les divisions sociales entre autres attisent les tensions entre des intérêts divergents. Les trafic d’armes, d’êtres humains et de drogues ont permis l’ancrage des groupes terroristes et la déstabilisation de cette région charnière. Pour endiguer les activités illicites, le G7 veut renforcer les systèmes judiciaire et policier dans les Etats sahéliens avec une meilleure prise en compte des services de renseignement.

Des enjeux éclipsés par l’actualité

Le regain de tension en Libye a néanmoins fait passer au second plan les enjeux prévus pour les discussions. Ce jeudi 4 avril, l’homme fort de l’Est du pays, le maréchal Khalifa Haftar, a ordonné à ses troupes de se diriger vers Tripoli, base du gouvernement d’« union nationale » de Faïez Sarraj, reconnu par la communauté internationale. Les ministres des Affaires étrangères ont unanimement rédigé un communiqué commun, dans lequel ils exhortent toutes les parties impliquées « à faire cesser immédiatement tous les mouvements militaires vers Tripoli, qui entravent les perspectives du processus politique mené par l’ONU, mettent des civils en danger et font durer les souffrances du peuple libyen ». Jean-Yves Le Drian a rappelé son attachement à un processus électoral libre : « En Libye, il n’y aura pas de victoire militaire. La solution ne peut être que politique ».

Si cette ministérielle a débouché sur des engagements concrets, il s’agissait surtout de ne pas montrer qu’elle a été en partie abandonnée par les pays membres. Avant même le début des rencontres, le ministre américain des Affaires étrangères a annoncé qu’il ne se rendrait pas à Dinard. Les ministres se veulent toutefois rassurants. « Nous regrettons que Mike Pompeo ne soit pas avec nous, mais il est très bien représenté », assure ainsi la ministre canadienne Chrystia Freeland. Mais dès le deuxième jour des rencontres, c’est au tour du ministre britannique, Jeremy Hunt, de fausser compagnie à ses homologues du G7 pour rentrer en Angleterre, en pleine tourmente politique sur le Brexit. « Nous devons accepter le fait que la politique intérieure puisse amener des ministres à suivre des problématiques nationales », déclare Enzo Moavero Milanesi, le ministre italien.

Volonté de renouveau du multilatéralisme

A l’issue d’une ministérielle en demi-teinte, le ministre français dresse un bilan positif. « Le G7 fonctionne », affirme-t-il, tout en assumant « quelques divergences » pendant les discussions. En prenant la présidence du sommet, la France veut réaffirmer son rôle de leader sur la scène internationale, alors que les États-Unis ne font plus consensus. « Nous voulons reprendre le flambeau du multilatéralisme », affirme Jean-Yves Le Drian. Mais face aux adeptes du protectionnisme, la tâche ne s’annonce pas aisée. « Comment voulez-vous répondre aux crises des migrations, du numérique, du climat et du terrorisme en étant dans le statu quo, voire dans la régression ? » C’est la question à laquelle la France veut répondre lors d’un G7 qui s’annonce incertain. Une chose est sûre: comme à Dinard, il faudra être vigilant à Biarritz pour éviter des discussions houleuses.

Lucie Berbey et Ryan Abdelhakim

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